Construire la ville de demain, ce n’est pas choisir entre les arbres et les habitants
Lorsque l’on évoque le renouvellement d’arbres en ville, une question revient naturellement : pourquoi abattre des arbres qui jouent encore leur rôle ?
La réponse est simple : parce qu’un projet urbain durable ne consiste pas à supprimer des arbres, mais à préparer une ville capable de répondre aux besoins des habitants aujourd’hui comme dans trente ou cinquante ans.
Le projet du boulevard Pasteur a précisément été conçu dans cet esprit. Il ne repose ni sur une décision improvisée ni sur une logique comptable. Il est le résultat de plusieurs années d’études associant paysagistes, ingénieurs, arboristes, services de l’État et spécialistes de l’environnement afin de concilier patrimoine arboré, sécurité, mobilités, accessibilité et adaptation au changement climatique.
Une concertation engagée dès la conception du projet
Bien avant le lancement des travaux, la Ville a souhaité présenter ce projet aux habitants lors d’une réunion publique organisée le 18 juin 2025.
Cette rencontre a réuni les riverains, des représentants associatifs, des élus de la majorité comme de l’opposition, ainsi que les services techniques en charge du projet. Chacun a pu découvrir les aménagements envisagés, poser ses questions, exprimer ses observations et échanger librement avec les élus et les techniciens présents.
Les principes du projet, les évolutions de la voirie, les choix d’aménagement et les conséquences sur le patrimoine arboré y ont été présentés en toute transparence. À cette occasion, aucune opposition formelle au projet ou aux principes retenus concernant le renouvellement d’une partie des arbres n’a été exprimée. Cette réunion constituait un moment privilégié pour partager les interrogations ou proposer d’éventuelles évolutions du projet. Les riverains se sont montrés satisfaits du déploiement du modèle d’aménagement déjà appliqué plus hait sur le boulevard Victor Hugo.
La concertation s’est ensuite poursuivie dans le cadre de la procédure réglementaire conduite par les services de l’État, avec une consultation du public en ligne organisée conformément aux dispositions prévues par le Code de l’environnement avant la délivrance de l’autorisation préfectorale.
Première priorité : éviter tout abattage inutile
En matière d’environnement, la règle est claire : avant de supprimer un arbre, il faut d’abord rechercher toutes les solutions permettant de le conserver.
C’est le premier principe de la doctrine nationale « Éviter – Réduire – Compenser » (ERC). C’est exactement la méthode qui a été appliquée sur le boulevard Pasteur.
Sur les 135 arbres présents aujourd’hui, 97 seront conservés. Plus de sept arbres sur dix continueront donc à structurer le paysage du boulevard.
Chaque arbre conservé est un arbre qui continuera à produire de l’ombre, à capter du carbone, à accueillir la biodiversité et à participer au confort des habitants.
Pourquoi certains arbres doivent-ils malgré tout être remplacés ?
Les arbres qui seront supprimés ne le sont pas pour faire de la place à davantage de voirie. Ils répondent principalement à une problématique très concrète de sécurité et de qualité de vie.
Lorsque les tilleuls ont été plantés au début des années 1990, les habitudes de circulation étaient très différentes. Les riverains accédaient alors à leurs propriétés en circulant librement sur des espaces en sable stabilisé et en contournant les arbres. Les entrées charretières n’avaient pas été réellement prises en compte lors de leur implantation.
Aujourd’hui, le boulevard est entièrement repensé. Une piste cyclable sécurisée sera créée tout au long de l’axe. Les trottoirs seront élargis et rendus accessibles aux personnes à mobilité réduite.
Dans cette nouvelle configuration, il n’est plus envisageable que les véhicules traversent la piste cyclable en slalomant entre les arbres pour rejoindre les garages privés. Les arbres concernés sont donc essentiellement ceux qui empêchent la création d’entrées charretières conformes, sécurisées et compatibles avec les nouveaux usages de l’espace public.
Ce choix répond avant tout à un objectif de sécurité pour les cyclistes, les piétons et les riverains.
Des arbres également remplacés parce qu’ils n’ont plus d’avenir ou qu’ils peuvent constituer un danger
La seconde raison est sanitaire. Avant toute décision, chaque arbre a été examiné individuellement par les spécialistes de l’ONF Vegetis.
Le diagnostic a identifié plusieurs sujets dont l’état est déjà fortement dégradé ou dont l’avenir est compromis à court ou moyen terme.
Attendre leur dépérissement complet reviendrait à devoir rouvrir, dans quelques années seulement, une voirie entièrement reconstruite pour retirer des arbres devenus dangereux.
Les épisodes caniculaires fragilisent les arbres et augmentent leur sensibilité aux violents orages estivaux. Chaque année, ces phénomènes provoquent des chutes d’arbres ou de branches sur l’espace public. Préparer l’avenir, c’est aussi anticiper ces risques. Le renouvellement progressif des sujets les plus fragiles participe à la sécurité des habitants tout en évitant des interventions d’urgence sur des arbres devenus dangereux.
RÉDUIRE au maximum les impacts
Le deuxième principe de la démarche ERC consiste à limiter autant que possible les impacts lorsque certaines suppressions sont inévitables.
Le projet du boulevard Pasteur a été conçu dans cette logique. Les arbres supprimés sont limités au strict nécessaire : les sujets malades ou qui empêchent l’accès aux domiciles des riverains.
Le reste de l’alignement est conservé et bénéficiera même de meilleures conditions de développement grâce à la désimperméabilisation des sols et la création de noues paysagères, à une meilleure infiltration de l’eau de pluie et à des espaces végétalisés beaucoup plus généreux.
COMPENSER… mais surtout préparer les 50 prochaines années
Compenser ne signifie pas simplement remplacer un arbre par un autre. Il s’agit de construire progressivement un patrimoine arboré capable de traverser les décennies.
Comme tous les êtres vivants, les arbres ont une durée de vie. Une ville qui ne plante plus de jeunes sujets finit inévitablement par perdre progressivement sa canopée lorsque les arbres vieillissent simultanément.
À l’inverse, planter régulièrement de jeunes sujets au milieu d’arbres plus matures permet d’assurer une continuité végétale permanente. C’est cette logique qui guide aujourd’hui la politique de végétalisation de Soissons.
Les futurs arbres ont été choisis pour leur meilleure résistance aux épisodes de sécheresse, aux fortes chaleurs et aux conditions climatiques qui seront celles de la seconde moitié du XXIᵉ siècle. Cette diversification des essences permettra également de rendre le patrimoine arboré plus résilient face aux maladies et aux aléas climatiques.
Le choix des matériaux participe également à cette stratégie d’adaptation au changement climatique. Contrairement aux revêtements foncés qui emmagasinent fortement la chaleur, le boulevard sera aménagé avec des matériaux de teinte claire (enrobés beige, pavés en grès clair et autres revêtements à fort albédo) capables de réfléchir une plus grande partie du rayonnement solaire. Cette conception permet de limiter l’échauffement des surfaces minérales, de réduire les phénomènes d’îlots de chaleur urbains et d’améliorer le confort des usagers pendant les épisodes de fortes chaleurs.
Des exemples déjà visibles à Soissons
Cette stratégie produit déjà des résultats.
Le boulevard Victor-Hugo constitue un exemple particulièrement parlant. Lors de sa requalification, plus de soixante arbres avaient été remplacés pour permettre les nouveaux aménagements, améliorer les accès et adapter la voirie aux usages actuels.
Quelques années plus tard, il demeure pourtant l’un des boulevards les plus végétalisés de Soissons, démontrant qu’un renouvellement raisonné du patrimoine arboré peut renforcer durablement la qualité paysagère.
Le boulevard Jeanne-d’Arc offre lui aussi un retour d’expérience intéressant. En 2013, le choix d’abattre l’intégralité des arbres avant les travaux avait été pris. Aujourd’hui, les arbres plantés en 2016/17 forment déjà une canopée remarquable et les nombreux espaces désimperméabilisés participent pleinement à la fraîcheur et à la qualité du cadre de vie.
Ces exemples montrent qu’un jeune arbre bien choisi pousse souvent beaucoup plus rapidement qu’on ne l’imagine et qu’un projet de végétalisation s’apprécie sur plusieurs décennies, pas seulement au moment du chantier.
Le mot de l’élu : Alain CRÉMONT, Maire de Soissons
Le boulevard Pasteur ne marque pas un recul de la nature en ville. Il constitue au contraire une nouvelle étape du programme : Soissons, cité jardin. Le projet prévoit notamment :
- la conservation de la grande majorité des arbres existants (plus de 70%) ;
- la plantation de 40 arbres d’avenir ;
- la création de 1 800 arbustes favorisant la biodiversité ;
- la désimperméabilisation de près de 13 000 m² de sols ;
- le triplement des surfaces végétalisées en pleine terre ;
- la création de 2 pistes cyclables ;
- des matériaux limitant les îlots de chaleur ;
- la matérialisation de places de stationnement ;
- la création de cheminements piétons accessibles ;
- une meilleure gestion des eaux pluviales grâce à l’infiltration naturelle.
L’objectif reste inchangé : offrir aux habitants un boulevard plus sûr, plus accessible, plus ombragé et mieux adapté au climat de demain.