Une voie unique au cœur du territoire

La voie verte Rochy-Condé occupe une place singulière dans le paysage du GrandSoissons. Traversant le territoire de Belleu à Mercin-et-Vaux en passant par les quartiers de Presles et de Chevreux à Soissons, elle relie aujourd’hui des lieux de vie, des quartiers, des équipements et des paysages dans un même mouvement.
À l’origine, cet itinéraire était une ancienne voie ferrée traversant le territoire d’est en ouest. En 2016, elle a été transformée en voie verte afin de permettre aux cyclistes et aux piétons de circuler en toute sécurité dans un cadre à la fois pratique, apaisé et bucolique. Depuis, elle s’est imposée comme un axe majeur pour les mobilités douces, mais aussi comme un lieu de promenade et de découverte très apprécié.
Bien plus qu’une simple liaison, la voie verte Rochy-Condé remplit aujourd’hui plusieurs fonctions à la fois : elle facilite les déplacements du quotidien, accompagne les usages de loisirs, valorise le patrimoine local et porte une mémoire essentielle de notre histoire collective.
Une ancienne voie ferrée chargée d’histoire
La ligne Rochy-Condé doit son nom à la gare de départ située près de Beauvais. Son premier tronçon est ouvert en 1870 jusqu’à Compiègne, avant d’être prolongé jusqu’à Soissons en 1881.
Quelques années plus tard, la halte Saint-Christophe voit le jour à l’ouest de Soissons. Située à proximité du chemin de Presles, elle permet alors de desservir ce secteur de la ville. À cette époque, les trains de voyageurs circulent encore sur cette ligne, qui participe pleinement à la vie locale et aux déplacements du quotidien.
Aujourd’hui encore, le long du boulevard Condorcet, on devine le tracé de cette ancienne infrastructure. Peu nombreux sont ceux qui se souviennent qu’autrefois, des trains passaient ici. Pourtant, cette voie a profondément marqué l’histoire du territoire.
Un chemin de mémoire sur les traces de l’Histoire
À Soissons, certains lieux partagent leur histoire avec celle de la Nation. L’ancienne ligne Rochy-Condé en fait partie.
Entre 1942 et 1944, cette voie est utilisée par les convois de déportés internés dans la caserne de Royallieu à Compiègne, principal camp de transit en France vers les camps de concentration et d’extermination d’Allemagne, d’Autriche et de Pologne. Des milliers de femmes et d’hommes venus de toute la France, mais aussi du Soissonnais, ont emprunté cette ligne dans les heures les plus sombres de notre histoire.
C’est pour conserver la mémoire de ce passé douloureux qu’un chemin de mémoire a été créé le long de la voie verte. Pensé comme un parcours de transmission, il permet aux visiteurs et aux habitants de croiser les destins de grandes figures, de témoins, de résistants et de déportés passés en ces lieux.
Le premier nom à jalonner ce parcours est celui de Robert Desnos, poète et journaliste, déporté après être passé sur cette voie le 27 avril 1944. D’autres personnalités et épisodes de l’histoire locale viennent ensuite enrichir l’itinéraire, dans une mise en scène sobre, accessible et pédagogique.
Ici, marcher ou pédaler, c’est aussi prendre le temps de comprendre, de se souvenir et de transmettre.
Un itinéraire qui valorise aussi le patrimoine local

Le chemin de mémoire Rochy-Condé ne se limite pas à l’histoire de la déportation. Il met aussi en lumière des épisodes, des lieux et des figures qui ont façonné plus de 2 000 ans d’histoire du GrandSoissons.
Au fil du parcours, des panneaux et totems rappellent ainsi l’histoire des bains antiques, des rois soissonnais, des maraîchers, du haricot de Soissons, ou encore l’action de personnalités telles qu’Anne Morgan, Rose Dolan, Jorge Semprun ou Geneviève Anthonioz de Gaulle.
Cette diversité fait toute la richesse du site. La voie verte devient un véritable fil conducteur entre mémoire nationale, histoire locale, patrimoine et cadre de vie.
Un projet construit dans le temps
Depuis près de dix ans, plusieurs aménagements successifs ont permis de transformer progressivement l’ancienne voie ferrée Rochy-Condé en une véritable voie verte de 6 kilomètres.
Des dispositifs ont été installés pour empêcher la circulation des véhicules motorisés et sécuriser les déplacements des piétons et des cyclistes. En parallèle, le chemin de mémoire s’est enrichi année après année grâce à de nouveaux totems et panneaux thématiques.
Parmi les grandes étapes du projet :
- en 2016, les premiers aménagements sont inaugurés sur le site de l’ancienne halte Saint-Christophe, avec notamment deux totems dédiés à Robert Desnos et Jorge Semprun ;
- en 2017, deux nouveaux totems rendent hommage à Rose Dolan et Anne Morgan, accompagnés d’un panneau explicatif sur le C.A.R.D. ;
- en 2018, de nouveaux supports sont consacrés aux Déportés de l’Aisne, à Geneviève Anthonioz de Gaulle et à l’histoire des bains antiques ;
- en 2019, un panneau met à l’honneur les rois soissonnais et rattache l’itinéraire au projet touristique européen Via Charlemagne ;
- en 2020, un nouveau tronçon évoque l’histoire des maraîchers et célèbre le haricot de Soissons.
Dès l’origine, le projet a aussi été pensé comme une démarche intergénérationnelle et locale. La réalisation de totems thématiques a notamment associé les jeunes du lycée Léonard de Vinci, valorisant ainsi les savoir-faire du territoire tout en transmettant le travail de mémoire.
Un axe majeur pour les mobilités douces

Si la voie verte Rochy-Condé est un chemin de mémoire, elle est aussi un axe concret de déplacement pour aujourd’hui et pour demain.
Elle permet déjà à de nombreux usagers de traverser le territoire d’est en ouest dans de bonnes conditions de sécurité. Elle constitue un itinéraire précieux pour les trajets du quotidien, pour les balades en famille, pour la pratique du vélo et pour les liaisons entre quartiers.
Son développement répond aussi à une ambition plus large : construire un véritable réseau cyclable à l’échelle du bassin de vie. Dans le cadre du schéma directeur cyclable élaboré avec le territoire voisin de Retz-en-Valois, le projet vise à poursuivre l’aménagement de cette ancienne voie ferrée afin de renforcer les continuités cyclables et de rejoindre, à terme, la véloroute passant par Compiègne.
Cette perspective ouvre des possibilités nouvelles, à la fois pour le vélo du quotidien, le vélotaf, les loisirs et le cyclotourisme. Elle contribue aussi à renforcer l’attractivité du territoire et à mieux relier ses différentes composantes.
Notre histoire, notre avenir
L’ancienne voie Rochy-Condé raconte à sa manière ce que peut être un grand projet de territoire : partir d’un héritage, assumer une mémoire, valoriser un patrimoine, améliorer le cadre de vie et préparer les mobilités de demain.
Entre Belleu, Soissons et Mercin-et-Vaux, cet axe singulier relie les habitants autant que les époques. Il est à la fois un lieu de passage, un lieu de promenade, un lieu d’apprentissage et un lieu de recueillement.
En faisant vivre ce chemin de mémoire au sein d’une voie verte moderne et accessible, GrandSoissons affirme une ambition forte : faire de l’histoire un levier de transmission, et de la mobilité douce un atout pour le territoire.