Épisode 2 : Un quartier figé dans le temps pendant quinze siècles
À l’époque romaine, Saint-Crépin se situe au nord de l’antique Augusta Suessionum. Occupé par de vastes demeures, des espaces résidentiels prestigieux et sans doute des bâtiments publics monumentaux, le quartier est progressivement abandonné entre les IIe et IIIe siècles lorsque la ville se replie derrière une nouvelle enceinte édifiée plus au sud.
Fait remarquable, le secteur reste ensuite quasiment inoccupé pendant près de 1 500 ans. Cette absence d’urbanisation importante a permis la préservation exceptionnelle des vestiges enfouis sous nos pieds. Comme à Pompéi, les archéologues disposent aujourd’hui d’un véritable livre d’histoire grandeur nature, permettant de reconstituer progressivement l’organisation d’un quartier entier de la ville romaine.
Le mystère du « Château d’Albâtre »
Depuis la Renaissance, les érudits évoquent un lieu fascinant : le « Château d’Albâtre ».
Au XVIe siècle déjà, les chroniqueurs signalent dans ce secteur d’imposantes ruines antiques, des fragments de marbre blanc et d’albâtre ainsi que de nombreuses découvertes archéologiques. Au XVIIIe siècle, l’historien Claude Le Moine imagine même qu’il pourrait s’agir d’un vaste palais romain ayant accueilli de hauts dignitaires ou des gouverneurs de la province.
Si le mystère n’est pas totalement résolu, chaque nouvelle découverte apporte aujourd’hui des éléments de réponse et confirme le caractère exceptionnel de ce quartier qui nourrit l’imaginaire des historiens depuis plusieurs siècles.
Le quartier des élites de la ville romaine
Les fouilles menées depuis le XIXe siècle dessinent progressivement le portrait d’un quartier particulièrement prospère.
Dans les années 1970 et 1980, plusieurs domus, les riches maisons urbaines romaines, y sont mises au jour. Les archéologues découvrent alors des peintures murales raffinées, des systèmes de chauffage par le sol, des pavements de mosaïque et des décors témoignant d’un niveau de vie particulièrement élevé.
La récente découverte de la mosaïque confirme cette vocation résidentielle prestigieuse.
Quand la transformation du quartier révèle son histoire
La découverte de la mosaïque s’inscrit dans une dynamique plus large. Depuis le lancement du programme de renouvellement urbain de Saint-Crépin en 2019, chaque opération d’aménagement contribue à enrichir la connaissance historique du quartier.
En 2021, les fouilles réalisées sur l’îlot situé entre les rues Ribot et de Stonne ont ainsi permis de mettre au jour un important quartier marchand antique. Plus récemment, les travaux conduits place Paul-Deviolaine ont révélé un imposant pied de colonne romaine, nouveau témoignage du caractère monumental de ce secteur de la ville antique.
La mosaïque découverte boulevard Jean-Mermoz vient aujourd’hui compléter ce puzzle exceptionnel qui se reconstitue année après année.
Un patrimoine qui façonne le projet urbain
Cette richesse archéologique constitue une formidable opportunité pour mieux comprendre l’histoire de Soissons. Elle impose également certaines adaptations aux projets d’aménagement.
Ainsi, dans le quartier, les points d’apport volontaire destinés à la collecte des déchets n’ont pas pu être enterrés comme cela a été réalisé à Presles ou à Chevreux, afin de préserver les vestiges présents dans le sous-sol. Plutôt que de subir cette contrainte, la Ville a choisi d’en faire un atout. Les équipements ont ainsi été habillés de visuels inspirés de l’Antiquité, transformant ces aménagements du quotidien en clins d’œil au passé prestigieux de Saint-Crépin.
Cette volonté de faire dialoguer histoire et cadre de vie se retrouve également boulevard Alexandre-Dumas, où une fresque monumentale réalisée par les street artistes Isa et Man attire désormais le regard. Inspirée d’une domus découverte lors des fouilles archéologiques du secteur, l’œuvre ouvre symboliquement une fenêtre sur la Soissons romaine. Le visiteur y découvre une scène de vie familiale au cœur d’une habitation antique, dans un décor végétalisé qui évoque à la fois le confort des demeures romaines et la richesse du patrimoine enfoui sous les pieds des habitants.
Mot de l’Élu : François HANSE Maire Adjoint en charge de la culture et du patrimoine
Une histoire qui continue de s’écrire
“Le projet de renouvellement urbain mené par la municipalité, permet d ‘enrichir chaque année les connaissances sur ce quartier exceptionnel. Cette année, après la découverte d’un pied de colonne monumental, puis celle de la mosaïque au dauphin, les archéologues poursuivent leurs recherches et continuent de révéler les secrets de l’ancienne Augusta Suessionum. À Saint-Crépin, le passé n’est jamais très loin. Il accompagne la transformation du quartier et rappelle que sous les rues, les places et les immeubles d’aujourd’hui sommeille encore une partie de l’histoire de Soissons. Une histoire d’avenir qui continue de s’écrire au fil des découvertes.”